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Que sont les tétées groupées ?

Que sont les tétées groupées ?

Votre bébé semble soudainement insatiable : à peine une tétée terminée, le voilà qui réclame à nouveau le sein. Ce comportement dure plusieurs heures, et ne vous laisse plus la possibilité de mener vos activités habituelles. Ces phases de tétées groupées sont très mobilisantes pour une maman, voire même déstabilisantes. Elles alimentent cette crainte « et si mon lait ne lui suffisait plus ? ». Ce phénomène est pourtant totalement naturel et seulement transitoire.

Les périodes propices à la survenue des tétées groupées

Si les bébés nourris au biberon ont un rythme alimentaire généralement bien calé, avec des prises espacées de trois à quatre heures, les nourrissons allaités au sein tètent à des intervalles souvent irréguliers. Selon les jours et le moment de la journée, les tétées peuvent être plus ou moins espacées. Le rythme est de plus très variable d’un enfant à l’autre, certains se contentant de 6 tétées par 24h(1), d’autres pouvant atteindre 18 tétées.

Lors de certaines périodes, le bébé accélère la cadence et enchaîne de courts épisodes de tétées rapprochées. On parle alors de tétées groupées.

Des tétées groupées révélatrices des pics de croissance

Les nourrissons ont une croissance très soutenue durant leurs premiers mois de vie. À l’âge de 5 mois, leur poids de naissance a doublé, tandis que leur taille a augmenté de 30%. Elle n’est pas linéaire : l’enfant traverse des pics de croissance, qui surviennent généralement à l’âge de 10 jours, 3 semaines, 6 semaines, 3 mois et 6 mois. Ces périodes sont souvent caractérisées par la survenue de tétées groupées. Elles durent en général deux à trois jours, puis le rythme de tétées baisse et se stabilise de nouveau, jusqu’au pic suivant.

Profiter du bon gras de fin de journée

Les tétées groupées surviennent le plus fréquemment en fin d’après-midi, sur une période de plusieurs heures. Cette temporalité ne doit rien au hasard. La composition du lait maternel évolue(2) au cours des 24 heures de la journée, avec des fluctuations observées pour sa concentration en fer, en acides aminés ou en matières grasses. Ces dernières sont plus concentrées dans le lait de fin de journée. Enchaîner les tétées à ce moment représente donc un moyen pour l’enfant de faire de plein de ces nutriments si précieux pour son développement. Les matières grasses du lait contribuent à satisfaire environ la moitié de ses besoins énergétiques et lui fournissent les acides gras nécessaires pour la construction de son cerveau(3).

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Enchaîner les tétées pour se réconforter

Durant les six premiers mois de vie, le lait maternel est l’unique source de subsistance d’un bébé, qui  le nourrit et l’hydrate. L’allaitement maternel remplit bien d’autres fonctions(4), comme l’évoque un spécialiste en médecine périnatale :

« C’est un processus dans lequel des échanges physiques, biochimiques, hormonaux et psychosociaux ont lieu, conçus pour le transfert de nutriments indispensables, ainsi que pour construire un lien psychosocial durable entre la mère et son enfant ».

Tonse N.K. Raju

Un bébé qui enchaîne les tétées peut ainsi rechercher du réconfort lorsqu’il traverse une période éprouvante. Ces comportements s’observent souvent en cas de maladie infantile ou au moment de la sortie des dents. La survenue de coliques se traduit par des signaux évoquant une phase de tétées groupées, avec des pleurs en soirée sur de longues heures. Une des principales différences entre ces deux situations réside dans la capacité du bébé à s’apaiser quand il tète. Chez un enfant souffrant de colique, la mise au sein ne suffit pas à le calmer.

Comment réagir face aux tétées groupées ?

Les parents sont souvent déstabilisés lorsque surviennent les épisodes de tétées groupées. Les demandes répétées de l’enfant peuvent pousser à remettre en question la qualité des soins prodigués, et la capacité de l’allaitement à le sustenter.

Faut-il complémenter son bébé avec un biberon ?

Constater l’appétit insatiable de son bébé pousse certains parents à se demander s’il ne serait pas judicieux d’introduire des biberons de préparations pour nourrisson. La mère peut avoir l’impression de ne pas produire suffisamment de lait pour bien nourrir son enfant. Il s’agit là de l’une des principales raisons qui conduisent à l’abandon prématuré de l’allaitement(5). Cette idée est pourtant à rapidement chasser de son esprit lorsqu’on souhaite faire profiter longtemps des bienfaits du lait maternel à son bébé. En effet, proposer un biberon peut entraîner une confusion sein-tétine(6). Dans cette situation, le bébé allaité ne parvient plus à téter correctement le sein maternel après avoir découvert la tétine du biberon, qui délivre le lait plus facilement pour moins d’efforts. Mais au-delà de cet écueil, la seule façon de proposer à son bébé une quantité de lait suffisante est de multiplier les tétées, et ainsi de laisser l’enfant téter quand bon lui semble.

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Répondre à la demande de son bébé !

Dans le cadre de l’allaitement maternel, c’est le bébé qui donne le rythme des tétées. Lorsque ses demandes s’intensifient, il est indispensable d’y répondre. L’augmentation de la fréquence des tétées va en effet permettre à l’organisme maternel d’ajuster sa production de lait pour répondre à l’évolution des besoins nutritionnels de l’enfant. L’allaitement à la demande est le garant d’une croissance harmonieuse des tout-petits(7).

> Booster la sécrétion de prolactine pour stimuler la production de lait

Quand le bébé tète, le taux de prolactine augmente dans le sang(8) maternel. La succion stimule en effet le mamelon, qui envoie un message nerveux à l’hypophyse – une glande située dans le cerveau – de sécréter cette hormone. La prolactine est indispensable à la production de lait au niveau des alvéoles, les unités sécrétrices de la glande mammaire. Pendant les premières semaines qui suivent la naissance, plus un bébé tète, plus la quantité de prolactine augmente, accroissant le volume de lait disponible. Plus tard, une fois la lactation bien installée, il y a moins de corrélation entre la quantité de prolactine sécrétée et la quantité de lait produite. Cependant, si une mère stoppe l’allaitement, la sécrétion de lait finit inévitablement par se tarir.

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La tétée stimule la sécrétion de prolactine nécessaire à la production du lait maternel.

> Se fier aux signes évocateurs d’un bébé bien nourri

Pour savoir si l’enfant reçoit ce dont il a besoin grâce à l’allaitement maternel, certains signes ne trompent pas. Le bébé est alerte, il continue à mouiller et salir ses couches régulièrement et sa courbe de croissance progresse normalement. En cas d’allaitement maternel exclusif et à la demande, il est exceptionnel qu’une femme ne produise pas suffisamment de lait pour nourrir son enfant. Le fait que les seins semblent plus souples, moins remplis, n’est pas du tout un indicateur d’une production de lait insuffisante. Des seins engorgés sont au contraire un indice témoignant d’un nombre insuffisant de tétées.

Comment vivre au mieux les épisodes de tétées groupées ?

Les tétées groupées sont éprouvantes pour une femme allaitante. Si savoir que ce comportement est normal et qu’il ne traduit pas un problème quelconque dans le déroulement de l’allaitement est rassurant, l’organisme maternel est tout de même soumis à rude épreuve.

Prendre soin de soi pour affronter les tétées groupées

Lors des phases de tétées groupées, il apparaît crucial de veiller à bien se nourrir et s’hydrater. Le lait maternel est composé de 87% d’eau. Une femme allaitante perd environ 700 ml d’eau supplémentaire par rapport à la normale pour nourrir un bébé âgé de 8 semaines par exemple. Il est donc nécessaire de ne pas négliger les apports, surtout en ces périodes de tétées frénétiques. L’EFSA estime les besoins d’une femme allaitante à environ 2,7 litres d’eau par jour(9). Il convient donc de garder une bouteille toujours à portée de main !

> Préserver sa poitrine

Durant les phases de tétées groupées, les mamelons sont très sollicités et peuvent devenir sensibles. L’application d’une crème spécialement dédiée à base de lanoline peut prévenir les irritations. Il est important de s’installer confortablement et de varier les positions d’allaitement pour éviter la survenue de contractures douloureuses.

> Opération cocooning en contact étroit

Comme l’épisode de tétées groupées s’étale sur plusieurs heures, il représente une occasion idéale pour s’aménager une parenthèse de repos. Il est propice au peau à peau, qui favorise la sécrétion de bêta-endorphines par le cerveau maternel. Cette hormone procure une sensation de calme et renforce le plaisir associé aux interactions avec le bébé(10), garant de la construction d’un lien étroit. Les niveaux d’endorphines augmentent également dans l’organisme du bébé et l’apaisent. La proximité physique au cours des premiers mois de vie favorise la persistance de l’allaitement(1) sur le long terme.

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Le rôle primordial de l’entourage

La gestion des activités quotidiennes est difficile au cours des épisodes de tétées groupées. Le portage du bébé en écharpe, qui permet d’allaiter tout en disposant de ses deux bras, permet d’en mener certaines. L’aide des proches reste cependant précieuse pour vivre cette période sans pression excessive. Et s’il y a des moments où l’on peut s’autoriser à reporter certaines tâches, ce sont bien ceux-ci. L’heure est aux tétées, le reste peut attendre !

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Clémence

Journaliste spécialisée en pédiatrie.

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Références

  1. Kent JC et al. Volume and frequency of breastfeedings and fat content of breast milk throughout the day. Pediatrics. 2006 Mar;117(3):e387-95.
  2. Merel F Italianer et al. Circadian Variation in Human Milk Composition, a Systematic Review. Nutrients. 2020 Aug; 12(8): 2328.
  3. Innis SM. Polyunsaturated fatty acids in human milk: an essential role in infant development. Adv Exp Med Biol. 2004;554:27-43.
  4. Tonse N.K. Raju et al. Breastfeeding Is a Dynamic Biological Process—Not Simply a Meal at the Breast. Breastfeed Med. 2011 Oct; 6(5): 257–259.
  5. Jacqueline Coral Kent et al. Causes of perception of insufficient milk supply in Western Australian mothers. Matern Child Nutr. 2021 Jan; 17(1): e13080.
  6. Zimmerman E, Thompson K. Clarifying nipple confusion. J Perinatol. 2015 Nov;35(11):895-9
  7. Chen TL et al. Responsive Feeding, Infant Growth, and Postpartum Depressive Symptoms During 3 Months Postpartum. Nutrients. 2020 Jun 12;12(6):1766.
  8. Infant and Young Child Feeding: Model Chapter for Textbooks for Medical Students and Allied Health Professionals. 2009.
  9. Authority EFS. Scientific opinion on dietary reference values for water. EFSA J. 2010;8(3) n/a-n/a.
  10. Jeannette T. Crenshaw. Healthy Birth Practice #6: Keep Mother and Baby Together— It’s Best for Mother, Baby, and Breastfeeding. J Perinat Educ. 2014 Fall; 23(4): 211–217.
  11. Bigelow AE et al. Breastfeeding, skin-to-skin contact, and mother-infant interactions over infants’ first three months. Infant Ment Health J. 2014 Jan-Feb;35(1):51-62.
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