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Comment organiser un cododo confortable et 100% sécurisé

Partager son lit avec son bébé est un moyen de lui offrir un cadre sécurisant et d’accéder à de meilleures conditions d’allaitement dont on connaît aujourd’hui les multiples bienfaits. Mais le cododo, s’il est mal préparé, peut aussi représenter un danger pour l’enfant. Alors, quelles grandes règles doivent être adoptées pour réduire les risques et profiter de tous les bienfaits d’un sommeil partagé ? 

Quand il est temps d’envisager sérieusement le cododo

Faire dormir son bébé dans un lit indépendant placé dans la chambre des parents, conformément aux recommandations des spécialistes, c’est à première vue plutôt évident. Mais dans les faits, les choses ne sont pas si simples, surtout quand on allaite !

Un enfant nourri au sein tête très fréquemment, de jour comme de nuit. La nuit, chaque fois que le bébé pleure, la mère doit s’extirper de son lit, aller chercher son petit, se recoucher avec lui, lutter contre le sommeil pendant la tétée puis, une fois qu’il est rassasié, se relever, le déposer le plus délicatement possible dans son lit en priant qu’il ne se réveille pas, se recoucher, se rendormir… jusqu’aux prochains pleurs !

Il suffit d’enchaîner 2 ou 3 nuits à ce rythme, et c’est l’épuisement assuré, surtout dans les périodes où le bébé se met à téter frénétiquement ! Progressivement, la maman va finir par ne plus réussir à se réveiller après la tétée et dormir avec le bébé à côté d’elle dans des conditions inadaptées. C’est à ce moment-là que la mise en place d’un vrai cododo, confortable et sécurisé, doit sérieusement être envisagée. L’organisation doit se faire autour de deux grands points de vigilance : l’organisation d’un lieu “safe” pour le bébé et l’adoption de bonnes habitudes.

Photo d'un bébé dormant allongé sur un matelas.
Choisir un matelas ferme, un préalable à tout cododo sécurisé.

On sécurise les lieux

La literie d’une chambre d’adultes n’est pas conçue pour répondre aux spécificités d’un nourrisson. Avant de se lancer, plusieurs points d’attention doivent être vérifiés pour s’assurer que l’enfant sera en sécurité.

On opte pour un matelas ferme

Cela peut sembler évident, mais organiser un vrai cododo, c’est d’abord dormir sur un vrai lit, pas sur un canapé ou un fauteuil ! Une étude a montré que le risque de mort subite du nourrisson était multiplié par 67 en cas de sommeil partagé sur un canapé(1). Le lit doit ensuite être équipé d’un matelas ferme(2). Un support trop mou ou usé peut se creuser sous le poids de l’enfant, et créer une cavité dont il aura du mal à s’extirper, avec un risque de suffocation(3). Ce type de literie endommagée est à l’origine de près de 70 % des cas de suffocation survenant chez les moins de 1 an(4). L’usage d’un matelas à eau est quant à lui totalement proscrit.

On choisit bien sa couette et on retire les objets superflus

Il convient ensuite de retirer tout tissu ou objet qui pourrait venir recouvrir l’enfant ou l’entraver dans ses mouvements : jouets, doudous, oreillers surnuméraires, etc. Éviter également les accessoires comme les cale-bébé ou les cale-tête qui représentent également un danger, comme le souligne la Haute Autorité de Santé. Il est par ailleurs préférable d’éviter d’utiliser une couette trop lourde ou trop épaisse ; celle-ci sera placée sous le niveau du bébé, pour couvrir les jambes des parents jusqu’à hauteur de hanches.

On positionne bien le lit

La position du lit dans la chambre a également son importance. Il doit être éloigné du mur ou des meubles pour éviter que le bébé ne se coince entre deux surfaces. Pour parer au risque de chute quand on a un lit surélevé, il convient de préparer une « aire d’atterrissage » moelleuse du côté où le bébé dort. L’idéal reste cependant de placer son matelas directement sur le sol. Le Japon affiche un faible taux de mort subite du nourrisson, alors que le cododo est la norme(5). L’usage du futon, le couchage traditionnel posé à même le sol, est sans doute l’une des raisons qui y contribuent.

Photo d'un nourrisson tétant le sein de sa mère en arrière plan, montrant au premier plan sa main ouverte avec son index levé.
Une couette légère et pas de coussins superflus permet de limiter les risques.

On baisse le thermostat

La température de la chambre ne doit pas être trop élevée, comprise dans l’idéal entre 16 et 18 °C. Il faut éviter de couvrir trop chaudement l’enfant, pour prévenir la survenue d’un stress thermique. En mobilisant les ressources de l’organisme pour la thermorégulation, le stress thermique entrave certaines fonctions essentielles comme l’oxygénation cérébrale et les capacités d’éveil ce qui peut augmenter le risque de mort subite(6). Ce stress est d’ailleurs plus important au cours de la saison chaude que pendant l’hiver(7).

On adopte les bonnes habitudes

Le comportement et les habitudes des parents peut avoir forte influence sur les risques liés au cododo, tout comme le positionnement du bébé dans le lit. Un bébé en bonne santé, qui dort avec des parents responsables, sans grands frères et sœurs(8), est la base d’une pratique sûre.

On tient compte de l’état de santé du bébé et on le positionne à la bonne place

Gardez à l’esprit que le cododo dans un même lit n’est pas indiqué si le bébé est fragile, s’il est né prématurément et/ou s’il pèse moins de 2,5 kg(9). Comme pour tous les nourrissons, il doit être couché sur le dos. Placé à hauteur de poitrine maternelle, il doit se trouver dans un espace dégagé, sous le niveau des oreillers et au-dessus de la couette parentale.

Une étude réalisée par Helen Ball, la spécialiste de la relation mère-enfant, a permis de mettre en évidence l’influence du mode d’allaitement sur l’endroit où le bébé va se positionner dans le lit parental(10). Au cours de cette expérience, 10 bébés allaités et 10 bébés nourris au biberon, tous habitués au cododo, ont été filmés pendant trois nuits. Les bébés nourris au sein sont restés à proximité du buste de leur mère, tandis que les bébés nourris au biberon se sont retrouvés plus haut dans le lit, au niveau du visage des parents. Une bonne raison, si votre enfant est nourri au biberon, de bien veiller à ce qu’aucun oreiller ne soit laissé dans cette zone. 

Photo d'un enfant en body sur le lit de ses parents la tête contre un oreiller et à côté d'une couette.
Un bébé allaité au sein va se positionner naturellement au niveau de la poitrine de sa maman.

Zéro alcool, zéro drogue

L’usage de certaines substances par les parents représente un facteur de risque très important en cas de cododo. Le sommeil partagé n’est pas compatible avec la consommation d’alcool, de drogues ou de médicaments altérant les perceptions. Une étude a analysé les facteurs en cause dans 80 décès de nourrissons par mort subite. Les résultats montrent que dans 31 % des cas, les parents avaient consommé de l’alcool ou des drogues(11). Pour un bébé de 2 semaines, le risque de mort subite est par exemple multiplié par près de 90 lorsque la mère a consommé 2 verres d’alcool standards ou davantage dans les 24 h précédant le décès(12).

On dit stop à la cigarette

Le tabagisme durant la grossesse ou après la naissance est associé à un risque accru de décès par mort subite de l’enfant. Il est majoré lorsqu’une maman fumeuse dort avec son bébé. Une analyse des résultats de 4 études a mis en évidence un risque de mort subite du nourrisson multiplié par 6 dans ces circonstances(13). La grande proximité entre la mère et son enfant lors du sommeil partagé est propice à l’inhalation par le bébé de substances nocives présentes dans la fumée de cigarette. Celles-ci peuvent être exhalées par la mère ou diffusées autour d’elle après imprégnation de ses vêtements(14).

En cas de grosse fatigue, on redouble d’attention

Le cododo ne doit pas être pratiqué si les parents sont trop fatigués(15). Comme avec l’éviction des substances qui diminuent la réactivité, l’objectif est de conserver sa capacité à se réveiller rapidement si la situation l’impose. Une étude menée au Canada a mis en évidence que 13 % des mères pratiquant le cododo se souvenaient d’un épisode où un des parents avait basculé sur le nourrisson. Aucun n’avait été blessé, car l’adulte s’était rapidement éveillé(16). Les mères qui dorment avec leur enfant ont le sommeil plus léger et se réveillent plus fréquemment, ce qui minimise les risques d’incidents(17). Pour que chacun soit vigilant, il est indispensable de signifier à son compagnon la présence du bébé dans le lit, lorsqu’il ne l’est que de façon intermittente.

On veille à ne pas cumuler les risques

Les facteurs de risque se cumulent et peuvent rendre la pratique du cododo dangereuse. Une étude a par exemple mis en évidence un risque de mort subite multiplié par 65 si les deux parents fument. Si le bébé est nourri au biberon, ce risque est encore multiplié par 1,5 par rapport à un nourrisson allaité au sein. Pour un faible poids de naissance, il l’est à nouveau par 4,2, etc.(18) Certains spécialistes considèrent en revanche qu’en l’absence de circonstances particulières, le cododo en tant que tel n’est pas dangereux pour les bébés(19). Il est la norme biologique au sein de l’espèce humaine, et reste très pratiqué à travers le monde.

Photo d'un nourrisson allongé sur le dos les yeux grand ouverts dans un lit de cododo.
Un bébé reste rarement toute la nuit dans son lit de cododo.

On maintient les habitudes même si on utilise un lit de cododo

Il existe des lits de cododo pour bébé à utiliser en « side-bed ». Constitués de trois côtés, ils s’accrochent au lit parental pour offrir une surface de couchage spécifique au bébé, qui reste ainsi à proximité de sa mère, sans barrière de séparation. Cette solution est à privilégier chez les bébés prématurés ou de faible poids de naissance. Le recours à un side-bed ne signifie pas qu’on peut s’affranchir des mesures visant à sécuriser le lit parental, car il est fort probable que l’enfant y passe malgré tout une partie de la nuit.

À vous de jouer !

Vous avez maintenant toutes les clés pour offrir à votre petit des conditions idéales pour qu’il puisse se reposer et être nourri de manière optimale. En respectant ces quelques règles simples, vous allez pouvoir, vous aussi, bénéficier d’un espace de récupération pleinement satisfaisant. Dormir avec son enfant doit rester quelque chose de naturel, la confiance en vous est fondamentale. Si vous désirez en savoir plus, nous vous invitons à découvrir ce que disent les scientifiques sur le cododo, ses bienfaits et ses risques.

Il ne manque plus maintenant qu’à vous souhaiter une très bonne nuit !


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Clémence

Journaliste spécialisée en pédiatrie.

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Références

  1. Tappin D et al. Bedsharing, roomsharing, and sudden infant death syndrome in Scotland: a case-control study. J Pediatr. 2005 Jul;147(1):32-7.
  2. Kemp JS et al. Physical properties of bedding that may increase risk of sudden infant death syndrome in prone-sleeping infants. Pediatr Res. 1994 Jul;36(1 Pt 1):7-11.
  3. Combrinck M, Byard RW. Infant asphyxia, soft mattresses, and the “trough” effect. Am J Forensic Med Pathol. 2011 Sep;32(3):213-4.
  4. Erck Lambert AB et al. Sleep-Related Infant Suffocation Deaths Attributable to Soft Bedding, Overlay, and Wedging. Pediatrics. 2019 May;143(5):e20183408.
  5. Motoki Osawa et al. Circumstances and factors of sleep-related sudden infancy deaths in Japan. PLoS One. 2020; 15(8): e0233253.
  6. Harper RM et al. Sleep influences on homeostatic functions: implications for sudden infant death syndrome. Respir Physiol. 2000;119(2-3):123–132.
  7. Iny Jhun et al. Ambient Temperature and Sudden Infant Death Syndrome in the United States. Epidemiology. 2017 Sep; 28(5): 728–734.
  8. Hauck FR and Herman SM. 2006. Bed sharing and sudden infant death syndrome in a largely African-American population. Peadiatr Child Health 11 (Suppl A): 16A-18A.
  9. Blair PS et al. Sudden infant death syndrome and sleeping position in pre-term and low birth weight infants: an opportunity for targeted intervention Archives of Disease in Childhood 2006;91:101-106.
  10. Ball H. Parent-infant bed-sharing behavior : Effects of feeding type and presence of father. Hum Nat. 2006 Sep;17(3):301-18.
  11. Blair PS et al. Hazardous cosleeping environments and risk factors amenable to change: case-control study of SIDS in south west England. BMJ. 2009 Oct 13;339:b3666.
  12. Carpenter R et al. Bed sharing when parents do not smoke: is there a risk of SIDS? An individual level analysis of five major case-control studies. BMJ Open. 2013 May 28;3(5):e002299.
  13. Vennemann MM et al. Bed sharing and the risk of sudden infant death syndrome: can we resolve the debate? J Pediatr. 2012 Jan;160(1):44-8.e2.
  14. Zhang K, Wang X. Maternal smoking and increased risk of sudden infant death syndrome: a meta-analysis. Leg Med (Tokyo). 2013 May;15(3):115-21.
  15. Peter S Blair et al. Babies sleeping with parents: case-control study of factors influencing the risk of the sudden infant death syndrome. BMJ. 1999 Dec 4; 319(7223): 1457–1462.
  16. Ateah CA, Hamelin KJ. Maternal bedsharing practices, experiences, and awareness of risks. J Obstet Gynecol Neonatal Nurs. 2008 May-Jun;37(3):274-81.
  17. Mosko S et al. Maternal sleep and arousals during bedsharing with infants. Sleep. 1997 Feb;20(2):142-50.
  18. Carpenter R et al. Bed sharing when parents do not smoke: is there a risk of SIDS? An individual level analysis of five major case-control studies. BMJ Open. 2013 May 28;3(5):e002299.
  19. Bergman, Abraham. (2013). Bed Sharing per se Is Not Dangerous. JAMA pediatrics. 167. 10.1001/jamapediatrics.2013.2569.
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